Artistes Egyptiens
:: Musique egyptienne
Au
début du XIXe siècle, la musique a connu, en Égypte, une sorte de renaissance
et gagné en reconnaissance grâce au talent de deux grands maîtres, Chehab
Eddine et El Masloub. Le premier a rassemblé, dans un ouvrage, une centaine de
muwashshah, d’essence andalouse, et le second, qui a vécu plus de 120 ans, a
introduit l’art du dawr comme manière de chanter. Cependant, la semence des
deux cheikhs ne donnera véritablement ses fruits qu’au début du XXe siècle,
en un temps où tout savant ou artiste devait obligatoirement effectuer ses études
à l’Université al-Azhar (université islamique fondée au Caire au Xe siècle
par les Fatimides) pour en sortir avec le titre de cheikh. Parmi les nombreux étudiants,
d’aucuns avaient des prédispositions artistiques et littéraires particulières,
que ce soit dans le domaine de la poésie et de la composition ou dans celui du
chant. C’est à eux que l’on doit d’avoir élevé la musique arabe à un
niveau honorable et même d’avoir ouvert le chemin pour les artistes qui leur
ont succédé, comme Mohamed Abdel Wahab et bien d’autres.
La
danse orientale
en arabe « El raqs el sharki », est un magnifique spectacle
de lumière et de paillettes, un mélange de grâce et de sensualité, de
mouvements subtiles en communion avec la mélodie envoûtante de la musique et
le rythme entraînant de la tabla, du tambourin et du aoud. La danseuse qui
maîtrise cet art exprime à travers son corps ses émotions et charme son
public, faisant virevolter ses voiles et tinter malicieusement entre ses doigts
ses cymbalettes. En Egypte, la danse orientale existe depuis l’Antiquité, et
ceux qui pensent qu’elle risque un jour de disparaître du pays ont tort, car
la danse orientale coule véritablement dans les veines des Egyptiens. Il n’y
a pas une seule fête ou une seule cérémonie de mariage sans la présence de
la danse orientale. Sans prendre de leçon, les jeunes filles s’en imprègnent
naturellement depuis leur plus jeune âge à la maison, en famille, en regardant
la télévision, et dès qu’elles se réunissent entre elles ou se retrouvent
dans une ambiance de fête posent un foulard sur leurs hanches et se mettent à
danser. Même si le nombre des danseuses de cabaret a effectivement baissé en
Egypte, cela n’affecte en rien l’amour que les Egyptiens portent à la danse
orientale. Aussi bien pour les hommes que les femmes, la danse orientale reste
toujours synonyme de fête, de gaieté et de joie de vivre. Certes, dans un pays
musulman tel que l’Egypte, la danse orientale est parfois critiquée surtout
pratiquée dans des costumes trop dénudés ou quand une danseuse se montre trop
provocante car la frontière entre séduction et provocation reste très mince
en la matière. En effet, la danseuse habile qui veut être appréciée dans un
pays comme le nôtre doit être très attentive à ne pas tomber dans la
vulgarité et l’excitation des désirs sexuels, dans ce cas uniquement elle
dépasse la censure et peut imposer son art et le transcender en toute liberté.
L’histoire de la danse orientale égyptienne est pleine de ces grandes
artistes qui ont été adulées et respectées en Egypte. Je n’ai pu
m’empêcher de prendre la photo ci-contre d’une affiche dans une grande
salle de cinéma à Alexandrie car elle représente pour moi l’âge d’or de
la danse orientale égyptienne et du cinéma égyptien avec ses comédies
musicales filmées à la manière hollywoodienne. Cette affiche symbolise la
grâce et la sensualité de ces deux grandes divas de la danse orientale que
sont Samia Gamal et Tahiya Carioca. Elles étaient rivales, mais cela ne les a
pas empêchées de travailler ensemble dans un film intitulé «Habibi El Asmar»,
en français «Mon beau brun, mon amour», où elles dansent côte à côte
l’instant d’une scène pour nous ravir et nous séduire. Samia Gamal était
une fille de la Haute Egypte, née en 1924 du nom de Zeinab Ibrahim Mahfouz.
Quand sa famille a émigré au Caire tout près de Khan El Khalili, elle y a
rencontré Badia Massabni, une femme d’origine Syro-Libanaise qui détenait un
cabaret à Gizeh au Caire. Elle l’avait embauchée dans sa troupe et lui avait
choisi Samia Gamal comme nom de scène, un nom qui lui allait à merveille car
le mot « gamal » signifie beauté en arabe. Samia Gamal incarnait en effet la
beauté, le charme et la volupté, elle devint non seulement une célèbre
danseuse mais aussi une grande actrice de cinéma. Elle introduisit la cadence
rapide de la musique occidentale qu’elle appréciait beaucoup, dans la danse
orientale, et fut une brillante chorégraphe novatrice. Danseuse préférée du
roi Farouk, celui-ci lui attribua le titre de « première danseuse nationale de
l’Egypte ». A l’écran, Samia Gamal forma avec Farid El Atrache un couple
indissociable et mythique, ils interprétèrent ensemble plusieurs comédies
musicales. Je vous ai choisi un extrait du film « Afrita Haneim » qui signifie
« Madame la diablesse » où elle joue le rôle d’un génie sortant d’une
lampe à huile magique pour exaucer les vœux de Farid El Atrache.